L’arrivée en Navarre de chauves-souris migratrices en provenance du Centre et du Nord de l’Europe se produit massivement à travers les cols baztanais, où une présence abondante d’espèces de chauves-souris sédentaires a également été détectée.

Cette donnée et d’autres encore ressortent de l’étude sur la migration des chauves-souris en Navarre que le biologiste et expert en chiroptères Juan Tomás Alcalde réalise dans le cadre du projet de coopération transfrontalière Lindus 2, auquel participent la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO-Délégation Territorial Aquitaine), la Société Espagnole d’Ornithologie (SEO/BirdLife), le Gouvernement de Navarre à travers l’entreprise publique Gestión Ambiental de Navarra (GAN-NIK) et la Ville d’Auritz/Burguete. La partie du projet en rapport avec les chauves-souris se déroule de 2016 à 2018 sous la direction technique de l’entreprise publique GAN-NIK et la Direction Générale de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire du Gouvernement de Navarre, et avec la collaboration de la Garderie Forestière du Gouvernement de Navarre.

Les deux premières saisons d’observation ont permis de détecter des vols migratoires sur 6 cols: Artesiaga, Urkiaga, Izpegi, Ibañeta, GabarbideetLizuniaga. Parmi eux se distingue Izpegi, qui a accumulé 40% des mouvements de ce type enregistrés. D’après les données trouvées jusqu’à présent, il semble que les chauves-souris migratrices arrivent dans cette partie de Navarre surtout par certains cols du Baztan, plus que par les cols du Pays Quint ou des Aldudes, une hypothèse qui sera vérifiée par de nouveaux enregistrements lors de la troisième saison d’observation.

Un autre col où ont été enregistrés de nombreux vols de chauves-souris est celui d’Artesiaga, bien que dans ce cas, la majorité des vols correspondent à des espèces sédentaires de chauves-souris qui s’y rendent pour chasser, sans doute attirées par les insectes associés aux pâturages et au bétail. Sur ce col, au moins 12 espèces différentes de chauves-souris ont été identifiées.

La plupart des chauves-souris qui ont été observées en migration (89%) sont des noctules de Leisler (N. leisleri), une des quatre espèces typiques de chauves-souris migratrices, suivie de loin par la Grande noctule (N. lasiopterus, 3% des vols). Tous les vols de migration repérés correspondent à des individus isolés, sauf deux enregistrements qui comprenaient chacun deux individus, ce qui amène à conclure que la migration est dispersée et non en bandes comme chez les oiseaux. En ce qui concerne les dates, le pic de passage se produit entre fin août et la première quinzaine de septembre.

Une meilleure connaissance pour une meilleure conservation

La Navarre est une zone de passage de nombreuses espèces migratrices qui, après leur reproduction au Centre et dans le Nord de l’Europe, descendent à des latitudes plus basses et clémentes pour passer l’hiver. Le groupe le plus nombreux et le mieux connu est celui des oiseaux, mais d’autres groupes d’animaux, comme les chauves-souris ou les insectes, effectuent également des migrations similaires.

Cependant, les mouvements migratoires des chauves-souris sont encore très méconnus, en raison principalement de la difficulté intrinsèque que comporte l’étude de ces animaux, qui volent exclusivement de nuit et se réfugient dans les endroits les plus inaccessibles. Les rares données disponibles sur la migration du continent européen vers la péninsule Ibérique (destination finale d’hibernation) ont été obtenues pour la plupart grâce au baguage et à la récupération de spécimens. En Navarre, la viste de nichoirs a révélé l’arrivée de femelles d’espèces migratrices en septembre, ce qui indique que des chauves-souris en provenance du Nord hibernent dans la Communauté Forale.

Afin de mieux connaître les routes migratoires empruntées par ces animaux et de favoriser leur conservation, le projet Lindus 2 enregistre l’activité des chauves-souris sur les cols des Pyrénées navarraises en utilisant une nouvelle méthodologie: une caméra vidéo infrarouge-thermique, de pair avec un détecteur à ultrasons. La première permet d’identifier la trajectoire du vol, tandis que le second permet l’identification de l’espèce à travers ses ultrasons. Grâce à ce dernier, il est possible de différencier l’activité migratoire de la chasse ou de celle de la période de rut.

La saison de migration de 2016 a permis d‘échantillonner 12 cols et, après les données obtenues, l’expérience a été répétée sur certains en 2017, d’autres ont été éliminés faute d’activité migratoire et de nouveaux ont été ajoutés.

À titre complémentaire, 10 chauves-souris migratrices parmi celles découvertes dans les nichoirs ont aussi été équipées d’émetteurs radio en 2017 pour analyser leur comportement. Avec l’aide du personnel de Garderie Forestière, deux d’entre elles ont été localisées grâce aux récepteurs radio: deux femelles qui hibernent actuellement dans le canyon de Lumbier et dans le canyon d’Arbaiun.

La meilleure connaissance des routes migratoires des chauves-souris permettra de protéger leurs zones de passage, en évitant par exemple l’installation dans ces lieux de parcs éoliens à l’origine de nombreuses morts de chiroptères. De même, les données sur la répartition des espèces sédentaires seront très utiles pour la conservation de leurs habitats.

Oiseaux, chauves-souris, écotourisme et éducation à l’environnement

Parallèlement au suivi des chauves-souris en Navarre, le projet Lindus 2 est consacré à la migration postnuptiale des oiseaux par la voie occidentale, l’éducation à l’environnement et la promotion de l’écotourisme. Il est cofinancé à 65% par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) via le Programme Interreg V-A Espagne-France-Andorre (POCTEFA 2014-2020).